En bref
Une SBLC ou une garantie bancaire « louée » est un instrument qu’un fournisseur prétend faire émettre par sa banque pour un client, contre commission, avec une promesse de monétisation. Or une banque émet une garantie pour le compte de son propre client, qui en supporte le risque de remboursement, et pour une obligation précise. Le FBI range ces promesses parmi les signes typiques de fraude.
Points clés
- Une banque émet une garantie ou une SBLC pour le compte de son propre client (le donneur d’ordre), qui doit la rembourser si le bénéficiaire appelle l’instrument. C’est pourquoi un tiers sans lien ne peut pas simplement la « louer ».
- Les offres de location comportent en général des frais payés d’avance, une « livraison » par MT799 ou MT760 et une promesse de monétisation ou de rendements de trading : des éléments que les autorités décrivent comme typiques des escroqueries.
- Une copie, un PDF ou une capture d’écran d’un MT760 ne prouve rien ; seule votre propre banque peut confirmer la réception d’un message SWIFT authentifié.
- Le soutien d’un tiers existe légitimement, par exemple une maison mère qui fait garantir sa filiale par sa banque, mais ce tiers porte alors sciemment le risque de crédit.
- Les vraies alternatives : instrument émis par votre banque avec dépôt de garantie, couverture d’une agence de crédit à l’exportation, caution d’une compagnie d’assurance, contre-garantie, confirmation de crédit documentaire.
Qu’est-ce qu’une SBLC ou une garantie bancaire « louée » ?
Les offres de « location », de « leasing » ou de « BG lease » décrivent une lettre de crédit stand-by (SBLC) ou une garantie bancaire qu’un fournisseur, souvent présenté comme un fonds, un trust ou une société disposant d’une ligne de crédit dans une grande banque, ferait émettre pour un client qui n’a pas la signature nécessaire pour l’obtenir lui-même. Le déroulé habituel :
- le client signe un « deed of agreement » ou un contrat similaire et paie une commission, exprimée en pourcentage de la valeur faciale et souvent scindée entre une part d’avance et une part ultérieure ;
- la banque du fournisseur enverrait un MT799 annonçant qu’elle est prête, puis un MT760 à la banque du client ;
- le client devrait utiliser l’instrument comme garantie, le faire « monétiser » ou le placer dans un programme de trading ;
- l’instrument serait « restitué » au terme d’une durée fixe, souvent « un an et un jour ».
L’offre vise des entreprises qui ont un vrai projet et un vrai besoin de financement. C’est ce qui la rend séduisante, et ce qui rend la perte d’autant plus lourde quand l’instrument ne produit pas l’effet promis.
Comment une vraie garantie bancaire ou SBLC est-elle émise ?
Un instrument authentique commence par une relation de crédit. Le donneur d’ordre est client de la banque. Celle-ci effectue ses contrôles de connaissance client (KYC), analyse sa capacité de remboursement et accorde une ligne, souvent assortie d’un dépôt de garantie, d’autres sûretés ou d’une ligne de crédit existante. Le donneur d’ordre signe un contre-engagement ou une convention de remboursement.
L’instrument désigne un bénéficiaire et garantit une obligation identifiée : contrat de fourniture, marché de travaux, prêt, bail commercial. Le modèle de garantie à première demande de l’ICC selon les RUGD 758 prévoit d’ailleurs une rubrique identifiant la relation sous-jacente. Une stand-by est en général soumise aux ISP98, une garantie à première demande aux RUGD 758. La banque émettrice transmet ensuite l’instrument par message SWIFT authentifié (MT760) à la banque du bénéficiaire, qui en contrôle l’authenticité et le notifie.
Si le bénéficiaire présente une demande conforme, la banque paie puis débite le donneur d’ordre. L’engagement reste imputé sur la ligne du donneur d’ordre jusqu’à l’expiration ou la mainlevée. Voir nos guides de la garantie bancaire et de la lettre de crédit stand-by.
Pourquoi les banques n’émettent pas pour un « locataire » sans lien
- Le risque de remboursement. Quand une garantie est appelée, la banque paie et se retourne contre son donneur d’ordre. Un fournisseur qui « louerait » un instrument à un inconnu garantirait en réalité la bonne fin des engagements de ce client, contre une simple commission. Aucun comité de crédit ne l’accepte sans analyser le client, ce que la location est justement censée éviter.
- La connaissance client. Les banques doivent savoir qui bénéficie d’un instrument et pourquoi. Un engagement destiné à circuler entre des parties inconnues est un problème de conformité, pas un produit.
- L’objet. Une garantie couvre une obligation précise envers un bénéficiaire précis. Un instrument sans opération sous-jacente n’a aucun scénario légitime de mise en jeu.
- Les limites et les fonds propres. Les garanties et stand-by s’imputent sur les lignes du donneur d’ordre et sur les exigences de fonds propres de la banque. Elles ne sont pas émises pour dormir comme collatéral au profit de tiers.
Le soutien d’un tiers existe pourtant légitimement. Une maison mère, un actionnaire ou un partenaire peut demander à sa banque d’émettre une garantie pour l’obligation d’une filiale ou d’un projet. Cela fonctionne parce que ce tiers accepte sciemment le risque de crédit d’une entité qu’il connaît, et que sa banque l’analyse comme n’importe quelle ligne. C’est un montage de crédit entre parties liées, pas une location.
Une opération réelle nécessite un instrument ? Présentez-la en deux étapes courtes. Nous examinons l’opération et vous répondons sous 24 h (jours ouvrés) avec les options et la suite.
Présenter votre opérationCe qui se passe en pratique avec ces offres
Les situations décrites dans les mises en garde des autorités et les enquêtes suivent quelques schémas récurrents :
- la commission est payée et l’instrument n’arrive jamais, puis de nouveaux frais sont réclamés : « conformité », « frais SWIFT », « assurance » ;
- un PDF, un e-mail ou une capture d’écran d’un « MT760 » arrive, mais la banque du client n’a rien reçu d’authentifié ;
- un MT799 arrive, indiquant qu’une banque est « ready, willing and able », ce qui ne crée aucune obligation (voir la lettre RWA) ;
- un document émane d’une entité dont le nom ressemble à celui d’une vraie banque mais qui n’est pas réglementée ou n’existe pas, schéma signalé par le Financial Investigation Bureau de l’ICC ;
- le prêteur sollicité pour « monétiser » l’instrument refuse, et la commission n’est pas remboursée.
Le FBI avertit que de faux messages SWIFT, notamment « MT 799 » et « MT 760 », servent à donner une apparence sérieuse aux escroqueries à la SBLC, et que les fraudeurs citent de vraies banques à leur insu. Présenter un instrument qui s’avère faux peut aussi exposer celui qui le présente à des réclamations de ses propres partenaires.
Les signaux d’alerte
- Les mots « location », « leasing », « seasoned », « fresh cut » ou « un an et un jour ».
- Une banque émettrice « du top 25 » jamais nommée, révélée seulement après paiement.
- Des frais à payer avant toute émission ou notification par une banque, surtout sur un compte personnel ou un compte séquestre d’avocat.
- La promesse d’une monétisation à un pourcentage fixe ou de rendements de trading.
- Aucune question sur votre contrat, votre activité ou l’obligation que l’instrument garantirait.
- Secret, accords de non-contournement et pression pour signer vite.
- La demande d’une « fiche client » avec copies de passeport et coordonnées bancaires avant toute proposition vérifiable.
Quelles sont les vraies alternatives ?
| Situation | Piste à étudier |
|---|---|
| Un fournisseur exige une garantie de paiement | SBLC ou garantie de paiement émise par votre banque, éventuellement avec un dépôt partiel, ou crédit documentaire |
| Un acheteur ou un maître d’ouvrage exige une garantie de bonne exécution, de restitution d’acompte ou de soumission | Garantie émise par votre banque, ou caution d’une compagnie d’assurance si le bénéficiaire l’accepte |
| La ligne de votre banque est insuffisante | Dépôt de garantie, couverture d’une agence de crédit à l’exportation, ou partie liée (maison mère, actionnaire) comme donneur d’ordre ou contre-garant |
| Le bénéficiaire n’accepte pas votre banque | Garantie locale émise contre la contre-garantie de votre banque, confirmation du crédit documentaire, ou programmes multilatéraux comme le Global Trade Finance Program de l’IFC pour les banques émettrices participantes |
| Vous cherchez des capitaux pour un projet | Fonds propres, financement de projet ou financement du développement : un instrument n’est pas une source de capital |
Exemple (illustratif) : une entreprise de BTP remporte un marché public et doit fournir une garantie de bonne exécution que sa banque ne peut pas couvrir entièrement. Plutôt que de « louer » un instrument, elle propose à sa banque un dépôt partiel et un contre-engagement de sa maison mère, et demande au maître d’ouvrage s’il accepte une caution d’assurance pour le solde.
Comment Star Alliance peut vous aider
Star Alliance Consulting ne loue, ne vend ni ne monétise aucun instrument et ne dispose d’aucun accès privilégié à une banque. Nous analysons l’opération, aidons à préparer le dossier et le projet de texte de la garantie ou de la stand-by, et coordonnons les échanges avec les parties et les établissements émetteurs ; la décision d’émettre appartient à l’établissement émetteur. Si vous avez reçu une offre de location, vous pouvez nous la soumettre pour analyse ou nous décrire votre besoin de garantie.
Questions fréquentes
Peut-on légalement louer une garantie bancaire ?
Il n’existe pas de produit bancaire standard appelé garantie louée. Un tiers peut légitimement soutenir votre engagement, par exemple une maison mère qui fait émettre une garantie par sa banque, mais il porte alors votre risque de crédit et sa banque l’analyse comme toute autre ligne. Les offres de location d’instruments à des clients sans lien, contre commission, ne correspondent pas à la pratique bancaire.
Le fournisseur m’a envoyé la copie d’un MT760. Est-ce une preuve ?
Non. Les messages SWIFT sont échangés et authentifiés entre banques, et un PDF ou une capture d’écran se fabrique facilement. Le FBI signale l’usage de faux MT799 et MT760 dans les escroqueries à la SBLC. Demandez à votre propre banque de confirmer par écrit la réception d’un message authentifié, avec référence, montant et bénéficiaire.
Si ma banque reçoit un vrai MT760 en ma faveur, puis-je emprunter grâce à lui ?
Vous pouvez l’utiliser pour son objet : l’appeler si les conditions sont remplies. Emprunter grâce à lui suppose un prêteur qui accepte la banque émettrice et le texte ; en général, les prêteurs veulent un instrument émis à leur propre profit, pour une obligation qu’ils comprennent.
Une caution d’assurance peut-elle remplacer une garantie bancaire ?
Souvent, pour les garanties de bonne exécution, de restitution d’acompte ou de soumission, si le bénéficiaire l’accepte. Ces cautions sont émises par des compagnies d’assurance selon leurs propres critères, et leur acceptation comme leur rédaction varient selon les pays et les projets.
J’ai déjà payé des frais de location. Que faire ?
Cessez tout paiement, conservez chaque document et message, prévenez votre banque et portez plainte auprès de la police ou de l’autorité compétente ; aux États-Unis, l’IC3 du FBI reçoit les plaintes. Méfiez-vous de quiconque propose de récupérer votre argent contre de nouveaux frais.
Sources
- FBI, Internet Crime Complaint Center (IC3) — avertissement sur les fausses lettres de crédit stand-by (2019)
- FBI Honolulu — avertissement sur les escroqueries au « platform trading » (2015)
- ICC Commercial Crime Services — FIB issues warning on fake bank guarantees (2009)
- ICC Academy — URDG 758 : guide pratique des garanties à première demande (en anglais)
- IFC — Global Trade Finance Program (GTFP)
Équipe éditoriale Star Alliance Consulting · Mis à jour le 31 octobre 2026